Angleterre-États-Unis. 2012. Drame d’espionnage de Sam
Mendes avec Daniel Graig, Judi Dench Naomie Harris et Javier Bardem.
Sortie en salle : 8 novembre 2012.
Présumé mort suite à une mission avortée, James Bond se
laisse aller dans la beuverie dans un pays tropical. Mais lorsque la base du
MI6 est victime d’un attentat à la bombe, Bond revient en Angleterre. Même s’il
échoue les tests pour revenir en service, l’agent 007 est envoyé à Shanghai pour
trouver un dangereux terroriste …
Ce 23e épisode de la série James Bond donne un
nouveau souffle à la franchise, désormais vieille de 50 ans. Avec aux commandes le primé aux Oscars Sam Mendes
(AMERICAN BEAUTY, ROAD TO PERDITION), on pouvait espérer un épisode moins
routinier, plus étoffé que la moyenne, peut-être même un cran au dessus de
CASINO ROYALE? Assurément, car SKYFALL comble les attentes et ce dès le plan
d’ouverture.
Le prologue qui nous plonge dans l’action est époustouflant et
mémorable (jusqu’à la fin de la chanson d’Adèle). Malgré une ressemblance avec
MISSION :IMPOSSIBLE de 1996 (la liste des espions sur un disque), le
scénario creuse l’état mental de l’agent 007 et prend en compte sa condition physique qui n'est pas top niveau. Daniel Graig est tout simplement
irréprochable dans ce rôle, surpassant en intensité ses
précédentes performances.
On a droit aussi à un vilain particulier, un ex-agent
devenu terroriste, composé avec une grande aisance par Javier Bardem. D’ailleurs,
la relation qui se crée entre le héros, le méchant et M. (la vénérable Judi
Dench) peut être intéressant à analyser. Au fond, on pourrait affirmer que M. est une mère pour Bond et même pour le «méchant» et que celle-ci vit
avec des décisions du passé qui ont changé le parcours moral et émotif de «ses
fils».
Et pour bien mener ce récit, la réalisation fort maîtrisée
et soignée fait preuve de patience à des moments précis pour maintenir la
tension, sans pour autant négliger
l’action et les touches d’humour (dont un très bon clin d’œil à GOLDFINGER).
Quoi demander de mieux?
États-Unis. Aventures de Simon West avec Sylvester Stallone,
Jason Statham, Dolph Lundgreen, Jean-Claude Van Damme, Bruce Willis, Arnold
Schwarzenegger et Chuck Norris. Sortie en salles: 15 août 2012
L’équipe des mercenaires «expendables» est de retour, cette
fois elle a pour mission de s’emparer d’une carte électronique au contenu secret
dans un avion avant que celle-ci ne tombe aux mains de personnes dangereuses.
L’intrigue de cette suite réunissant des has been des films
d’action des années 80 est bien sûr un prétexte à des fusillades, des cascades,
des explosions et des combats violents. Le scénario comme on le sait, demeure à
l’état primaire, mais les acteurs (en particulier Stallone,
Arnold, Chuck Norris, Dolph Lundgreen et Bruce Willis) ont droit à des touches
d’ironie et d’auto-dérision dans leurs répliques.
On regrette que le méchant de
service joué par un Jean-Claude Van Damme volontairement suffisant (mais peut-il faire mieux?) manque d’originalité et de folie. Sans doute, on a préféré le laisser
ringard, après tout nous ne sommes pas dans une sorte de BD THE FIFHT ELEMENT
(on pense à Gary Oldman en méchant) ou bien dans un blockbuster de qualité (on
pense aux vilains plus complexes des BATMAN de Christopher Nolan).
Peu importe, les has been ont tout de même du
plaisir à jouer et en deviennent sympathiques. Et il faut avouer que la
réalisation est efficace en préconisant l’action brute et viscérale, avec le moins d’effets
spéciaux numérique possible. Certains diront «...oui mais il y a de la violence
gratuite!» Peut-être mais elle en devient ironique. On
sort de la projection satisfait. Bref, un plaisir coupable.
Le très attendu THE HOBBIT: AN UNEXPECTED JOURNEY de Peter Jackson prendra l'affiche au cinéma dans moins d'un mois (le 14 décembre). En attendant, l'occasion est belle de revenir sur la trilogie à succès THE LORD OF THE RINGS du même cinéaste:
-->
THE LORD OF THE RINGS: THE
FELLOWSHIP OF THE RINGS
États-Unis - Nouvelle-Zélande. 2001. Conte réalisé par Peter Jackson avec
Elijah Wood, Ian McKellen et Viggo Mortenson.
“ Un Anneau pour les gouverner tous
Un Anneau pour les trouver
Un Anneau pour les amener tous et
dans les ténèbres les lier"
- J.R.R. Tolkien
Adapter
au cinéma l’entière épopée fantastique de J.R.R Tolkien est loin d’être une
tâche facile. L’ambitieux qui veut s’embarquer dans ce projet risqué sait bien
qu’il peut attirer les foudres des nombreux fans de l’auteur quel que soit le
résultat final. Le réalisateur Néo-Zélandais Peter Jackson a tenté le coup en
tournant de façon simultanée les trois films tirés de la trilogie complexe
et touffue de Tolkien. Ce tour de force qui a nécessité au moins 15 mois de
tournage a poussé le cinéaste au bout du rouleau. Tout ce travail valait-il
vraiment la peine? Jusqu’ici nous devons admettre que oui, car le premier film
est à la hauteur des attentes.
THE FELLOWSHIP OF THE RING est une adaptation convaincante du premier volet du
roman de J.R.R Tolkien. La richesse du récit et la splendeur des images sont
admirablement exploitées par la réalisation enlevante de Jackson. Avec sa
fougue, le cinéaste réussit à nous offrir de belles séquences épiques. Du
stylisé prologue à l’excitante poursuite à cheval d’Arwen ou du passage
dans la Moria jusqu’à une bataille finale prenante dans une forêt, le
spectateur est transporté pendant trois heures dans un monde fantastique et
pseudo-historique dignement illustré.
Sur
le plan technique, certains mouvements de caméra donnent le vertige, tandis que
d’autres évoquent un état d’adrénaline lorsque les héros sont menacés par
l’ennemi. Malgré la place accordée au spectaculaire, Jackson est conscient que
ses personnages ont un coeur et une âme. Ainsi, après les scènes d’action et de
frayeur, le cinéaste laisse place à des moments parfois émouvants qui montrent
bien la dimension humaine des personnages. Les acteurs jouent de façon
irréprochable (avec en tête Elijah Wood, Ian McKellen, Viggo Mortenson et Sean
Bean), incarnant avec crédibilité et sincérité des personnages dont le destin
est dangereusement lié à un anneau magique convoité par un seigneur maléfique.
Quant
au scénario, il simplifie le texte original sans pour autant lui extraire
ses réflexions-clés. THE FELLOWSHIP OF THE RING est d’ailleurs le film de
la trilogie qui est le plus fidèle à la philosophie du roman. Et que dire de
l’Anneau? Jackson en fait pratiquement un personnage. Comme le dit
Boromir : «C’est une étrange fatalité que nous devions éprouver tant de peur
et de doutes pour si petite chose…une si petite chose».
La magnificience de la
mise en scène évoque bien ce sentiment. Bien sûr, on peut reprocher à ce
premier épisode son côté un peu répétitif (les héros voyagent, combattent, se
reposent, combattent, voyagent, se reposent...), mais la réalisation rachètent
ce défaut en insufflant au récit une véritable puissance épique, surtout dans
la dernière partie où l’étau se resserre sur des personnages qui doivent
prendre des décisions cruciales.
Cote:
9/10
-->
THE TWO TOWERS
États-Unis- Nouvelle-Zélande.
2002. Conte de Peter Jackson avec Viggo Mortensen, Elijah Wood, Sean Astin,
Andy Serkis, Bernard Hill, Ian McKellen, Brad Dourif, Mirando Otto, Christopher
Lee…
«Cruauté réveilles toi. Qu’importe le courroux, qu’importe
la ruine et que l’aube soit rouge!»
-Theoden
Pendant que Frodo et Sam poursuivent leur route sinueuse
vers le Mordor, Aragorn et sa compagnie devront aider le peuple du Rohan, alors
que Merry et Pippin font la connaissance de l’Ent Sylverbarbe dans une forêt
enchantée…
Cette adaptation du deuxième tome du roman de J.R. Tolkien est
un tour de force. Grâce à la réalisation foudroyante de Peter Jackson, THE TWO
TOWERS constitue une suite colossale à THE FELLOWSHIP OF THE RING. Rarement
aura-ton vu un début de suite avec un souffle aussi infernal! Racontant en
parallèle les aventures de trois groupes de personnages, Peter Jackson et ses
scénaristes ont construit un scénario vigoureux, aux thèmes intemporels. Peu
fertile en péripéties, le deuxième tome a subi certaines modifications
importantes lors de sa transposition au cinéma. Par exemple, le changement de
comportement de Faramir (le frère de Boromir).
Dans le roman, il n’est
nullement tenté par l’Anneau, ce qui est tout autre pour le Faramir du film.
Bien des adeptes de Tolkien n’ont guère apprécié ce changement, mais cette
décision des auteurs a pour but de rendre encore plus tendu et ardu le périple
de Frodo. Et comme il est suggéré, dans la version cinéma du moins, Faramir
veut prouver sa valeur à son père, l’intendant du Gondor. Ce détour narratif
est aussi un prétexte pour reporter au troisième film une péripétie célèbre du
deuxième tome du roman.
Jackson et ses scénaristes veulent aussi amplifier le
caractère épique dans l’écriture. Le lyrisme de plusieurs répliques puise non
seulement dans les dialogues du livre mais aussi dans la narration même du
texte original, au risque parfois de tomber dans la grandiloquence. Malgré ces efforts honorables de transposition des scénaristes,
THE TWO TOWERS apparaît moins envoûtant et moins émouvant que son prédécesseur.
En revanche, TWO TOWERS offre un spectacle encore plus imposant et fascine à
chaque présence du fameux Gollum. Cette créature qui prend vie grâce au «motion
capture» (et à la performance d’Andy Serkis) se révèle un personnage complexe et même
touchant. Jamais n’a-t-on vu un personnage numérique aussi «réel» et prenant sur
le plan psychologique. Frodo est lié à Gollum, ce qui crée une relation assez
trouble d’attachement et de répulsion entre ces deux personnages.
Outre la présence de Gollum, THE TWO TOWERS vaut le détour
pour la bataille du Gouffre de Helm. Là est le véritable et ultime «climax» de
ce deuxième volet. Le mélange d’effets numériques, de maquettes et d’éléments
réels dans cette séquence atteint un nouveau standard d’excellence. La bataille
est entrecoupée par le segment moins captivant avec Merry et Pippin, mais elle
atteint la grâce dans sa conclusion!
En somme, THE TWO TOWERS est un divertissement généreux, qui
prône l’amitié et la fraternité entre les peuples. Le film ne présente toutefois
pas la même ambiance que THE FELLOWSHIP OF THE RING. On est davantage dans des
climats «apocalyptiques» que «merveilleux». Quoi qu’il en soit, on continue à
s’attacher aux personnages et à cette époque, on attendait le dernier volet
avec appréhension et impatience…
Cote : 9/10.
-->
THE RETURN OF THE KING
État-Unis- Nouvelle-Zélande. 2003. Conte de Peter Jackson
avec Elijah Wood, Sean Astin, Viggo Mortensen, Ian McKellen, Andy Serkis,
Bernard Hill, Miranda Otto…
«Je suis nu dans les ténèbres et il n’y a aucun voile entre
moi et la roue de feu. J’arrive à la voir de mes yeux éveillés…» -Frodo
Ce dernier volet de l’adaptation de l’épopée fantastique de
Tolkien n’est ni plus ni moins qu’une richesse sur le plan du spectacle et des
émotions. Peter Jackson doit jongler (à nouveau) avec plusieurs intrigues et
personnages, et doit du coup supprimer de nombreux passages du bouquin. L’effet
n’est pas complètement satisfaisant pour certaines scènes (ex :Le chemin
des morts, la maison des guérisons), mais cette impression s’oublie devant la
montée dramatique de l’histoire et la fougueuse inspiration visuelle du
réalisateur.
Dans RETURN OF THE KING, le récit va de pair avec la démesure:
nombreux personnages, décors encore plus grandioses, chemins plus tortueux,
batailles titanesques avec d’innombrables combattants, créatures encore plus
dangereuses, durée excessive du long-métrage (3h 21) et épilogue fleuve.
La
mise en scène dans ce contexte déploie bien sûr sa démesure avec son caractère souvent vertigineux.
Sur ce point, la bataille sur les champs de Pélennor est un grand moment du
cinéma épique. La charge des Rohirrims, par exemple, donne des frissons
tellement elle est bien amenée sur le plan dramatique. Jackson réussit à rendre
palpable l’émotion que génère tout à la fois la grandeur épique et le côté plus
intimiste du récit.
La séquence de la Montagne du Destin et le «Pour Frodon»
d’Aragorn sont des morceaux d’anthologie.
Que dire justement de certaines répliques ( excluant celle d’Aragon)? Les
meilleures sont aux bons moments et à juste titre tirées du livre alors que la
musique de Howard Shore, en parfaite harmonie avec l’action, les lieux et les
sentiments évoqués, se veut plus mélancolique et encore mieux utilisée que dans
les deux premiers volets. Bref, elle apporte beaucoup au film.
THE RETURN OF THE KING est une œuvre de cœur qui termine sa
route de façon heureuse et triste à la fois. C’est un magnifique dénouement qui
ne m’a pas paru interminable, contrairement à ce qu’en ont pensé plusieurs
spectateurs et critiques. Empreint de finesse et de mélancolie, l’épilogue
montre que Frodo ne pourra profiter pleinement de son retour chez soi,
puisqu’une douleur persistera toujours suite à ce long et éprouvant voyage. Sa
mort symbolique sera certes paisible, mais combien déchirante pour ses amis. En
fait, rendu au générique de fin, le fan de LORD OF THE RINGS n’aura jamais été
aussi triste de quitter un univers fantastique.
Cote : 9/10.
Pour terminer, on ne peut passer sous silence les versions
longues (les fameux «extended edition») de chaque film. La version de 3h 30 de
FELLOWSHIP OF THE RING confère subtilement à la réalisation un souffle plus
ample et un rythme plus fluide. C’est à mon avis la meilleure des «versions
longue» de la trilogie.
La version allongée de TWO TOWERS se rapproche plus de
l’esprit de démesure du troisième volet. Environ 40 minutes ont été ajoutées,
ce qui procure une meilleure compréhension narrative que la version cinéma,
mais avec ses nombreuses intrigues et personnages, le récit peut paraître parfois
dispersé.
Quant à la version de 4h 10 (!) de RETURN OF THE KING, elle
vaut le détour pour sa splendeur et son ampleur épiques inégalés. On découvre
enfin avec plaisir la mort spectaculaire de Sarouman, alors que d’autres scènes
donne un peu plus d’importance à certains personnages (ex : Faramir,
Merry, Pippin, Eowyn). Par contre, au cumulatif, le montage de cette version
longue peut donner un effet de surenchère. Sans doute un croisement entre la
version cinéma et l’«extended edition» aurait été parfaite.
Et voîlà, d'ici là, il ne faudrait pas se faire des attentes démesurés pour THE HOBBIT. L'oeuvre originale a d'ailleurs été écrite par Tolkien avant son célèbre THE LORD OF THE RINGS. Il n'avait pas encore développé l'histoire combien complexe, riche et imaginative qu'allaient devenir THE LORD OF THE RINGS. Mais parions que Peter Jackson ne fera pas les choses à moitié avec les moyens techniques mis à sa disposition. Il les mettra, on l'espère de nouveau, au service du plaisir du récit. Et avec un Bilbo, Gandalf et 13 Nains, l'aventure risque d'être assez colorée!